Poèmes

À l’aube caressante, sur la table de la terrasse abandonnée, une couche d’eau de pluie, ténue, s’étirait dans l’heure tranquille. Dans ce miroir dormant l’on pouvait percevoir avec ravissement les reflets pastel ébauchés par l’aurore, ainsi que les silhouettes sombres des arbres et d’une partie de la maison qui se miraient, immobiles. Ces âmes de l’instant, reflétées dans cette onde, m’ évoquèrent alors une moire tendue, telle une nappe laquée et irisée. Et j’ai recueilli cet instant pour le faire renaître sous forme d’alexandrins…

 

L’empyrée s’est paré d’opalines nuances,

Quand le soleil discret déploie tant de couleurs,

Qui, sur l’onde éthérée, goûtent leur inconstance,

Dans l’aube se mouvant en subtiles douceurs.

 

Sur la table esseulée, dans l’heure délicate,

Une nappe de pluie, déposée par la nuit,

Tendue telle une moire à l’éclat disparate,

Réfléchit l’aquarelle esquissée sans nul bruit

 

Par un peintre ingénieux inspiré pour nous plaire

En offrant à nos yeux tant de beauté sublime

Ébauchant dans les nues et la clarté sommaire

L’aquarelle du temps dans le ciel qui s’anime.

 

Se reflétant ainsi dans ce miroir intime,

Étendu, silencieux, dans un éclat jaspé,

Telle une laque claire, éclats d’eau qui s’abime,

L’œuvre se meut alors en tissus tout drapé.